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11ème Festival du Film Asiatique de Deauville | 2009 | part. I

Publié le 16 mars 2009 par Bamboo :: Cinéma

La mauvaise réputation : Deauville ou les plaisirs de nouveaux riches vieux bourgeois ?
Au mois de mars de chaque année (cette fois-ci du 11  au 15), j’aime revenir au festival du film asiatique de Deauville. Pourquoi diable bouder son plaisir ?

Si de temps à autre, on se réveille de mauvaise humeur sous la brume pluvieuse, lorsque la fatigue vous prend à force de porter le costume de traductrice efficace et sérieuse (pas de blague avec le protocole), on peut au moins faire un crochet par la plage ou se poser près des bateaux amarrés en rang serré.

Mais le cinéma dans tout ça ? Un festival s’apparente un peu à un buffet garni. On pioche dans tout ce qui est proposé – bon ou mauvais, certaines fois la desserte est remplie de produits de saison et occasionnellement on vous refile de vieux morceaux réassaisonnés (qui a osé dire « avariés » ?). Quoiqu’il en soit, quoiqu’on en dise, pouvoir regarder en cinq jours successifs un nombre conséquent de films, cela est appréciable.

Voici ce à quoi j’ai goûté…


Departures
de Yojiro Takita  (Japon) – hors compétition

Departures

Synopsis : Daigo, un violoncelliste, retourne dans son village natal afin de chercher un nouvel emploi après la dissolution de son orchestre. Il est engagé dans une entreprise de pompes funèbres mais n’arrive pas à l’avouer à sa femme car il a honte. Ce travail, que personne ne veut faire et que Daigo lui-même n’aurait jamais pensé faire, va transformer aussi bien les morts que leurs proches encore en vie…

L’histoire de ce jeune musicien officiant à présent aux pompes funèbres  est, de prime abord plutôt inattendue et originale. Dès lors que l’on avance dans l’intrigue, le récit relaté apparaît alors somme toute classique. Le film reprend par le biais d’un microcosme japonais des thèmes humains essentiels et universels.

En traitant ce sujet, Yojiro Takita  ne cherche pas du reste à éviter les clichés. Dans le contact avec la mort, le réalisateur laisse entrevoir une vision familière. Celle où le rapport au sexe et aux nourritures terrestres devient impératif et vital. Nous avons conscience que le rituel funéraire est ici ô combien idéalisé. Daigo prend soin des morts, comme nous voudrions que nos pères soient traités et comme un jour nous souhaiterions que nos fils nous honorent. La passation filiale revient telle une ritournelle, aussi bien dans la transmission du métier de croque-mort entre le jeune homme et son patron, que dans la pierre choisie par le héros pour son père puis de la main de Daigo tenant cette pierre vers son enfant à naître.

On entendra peut-être dire que Departures est taillé pour plaire au public, pour remporter les distinctions, qu’il flirte avec le sentimentalisme. Il n’en est pas moins estimable puisque la maîtrise est d’y parvenir sans jamais tomber dans les larmes faciles. Et pour ce faire, il est servi par une interprétation impeccable des acteurs. Parfois, certaines impressions sont évidentes, la lumière est belle, les choses sont à leur place. Il y a Un temps pour vivre, un temps pour mourir. Allez voir ce film, ne laissez pas échapper cet instant de grâce.

[Cette production a remporté entre autres, l’Oscar 2009 du meilleur film en langue étrangère. Ryoko Hirosue a joué le rôle de la fille de Jean Reno dans Wasabi.  Tsutomu Yamazaki  a tourné à de multiples reprises avec A. Kurosawa.]

Sortie prévue en France le 27 mai 2009.


Breathless
de Yang Ik-June (Corée du Sud)

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Synopsis : Sang-Hoon, dont la mère et la sœur meurent devant ses yeux lorsqu’il était encore enfant, a grandi avec la rage au ventre et une haine farouche envers son père, jugé responsable du drame. Un jour, Sang-Hoon fait la connaissance de Yeon-Hee, une jeune adolescente. Au fur et à mesure de leurs rencontres, ils vont se retrouver eux-mêmes…

Breathless est une œuvre violente, un choc de nature à vous laisser pieds et poings liés. On retrouve dans ce film, les éléments chers aux cinéastes coréens : la cellule familiale, les rapports conflictuels homme/femme, la place de l’argent. S’ajoute aussi dans le cas présent, le ressort amoureux. La rencontre improbable entre un type qui traverse la vie sans rime ni raison et une jeune lycéenne – improbable et néanmoins inscrite, le destin les ayant croisés par le passé sans qu’ils le sachent – se transforme en facteur salvateur. Devant tant de violence, chacun espère que le cercle vicieux de la maltraitance pourra être brisé. Sans aller jusqu’à parler de rédemption, on devine simplement d’avance parmi le champ des possibles qu’accéder à cette fameuse résilience va coûter à Sang-Hoon…

Les critiques saluent quasi unanimement le travail de Yang Ik-June. A titre d’interprète-réalisateur-scénariste, assurément, il porte sur ses épaules une grande part de réussite. Pour ne pas tomber dans l’excès de compliments : c’est un métrage qui mérite d’être vu, en comparaison à bien des réalisations coréennes dont on fait les louanges mais manquant singulièrement de nervosité.


All Around Us
de Ryosuke Hashiguchi (Japon)

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Synopsis : Kanao est un dessinateur qui fait des croquis d’audiences au tribunal. Il observe en silence les crimes et scandales les plus médiatisés des années 90 et le déclin des valeurs japonaises. Chez lui, heureux en mariage, il suit calmement la première grossesse de sa femme. Quand leur enfant meurt, le couple est bouleversé par cette tragédie mais Kanao fait son possible pour soutenir son épouse qui sombre dans la dépression.

All Around Us est un film raisonnable. Dans ce monde fou, tourmenté et cruel, le seul refuge efficace demeure la raison. Le bon sens dicte de se raccrocher aux petits gestes d’une vie ordinaire, ceux-là même qui par leurs répétitivité et banalité offrent un cocon (« cocoon »), une sécurité. Il n’est pas si facile de s’y tenir mais choisir d’être un homme ordinaire, au sein d’un couple ordinaire permet de nous différencier des autres ; les autres, ces violeurs d’enfants, ces terroristes, ces psychopathes… qui se réclament de faits plus extraordinaires les uns que les autres.

Finalement, on cède à une sorte d’indulgence quant à la qualité de cette production. Peut-être parce que les deux acteurs principaux ont le charme nécessaire pour gagner notre capital sympathie. Las, la sensation qui prédomine avec ce film est qu’il se laisse regarder, on peut craindre cependant qu’il s’évapore de nos mémoires sans laisser de trace.

• Synopsis extraits du catalogue du festival | PUBLIC SYSTEME Cinéma •

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